Il ouvre un œil, la premiere impression est mauvaise, c’est pas gagné. Il se dit qu’en ouvrant le deuxième ca ira peut etre mieux, que ce n’est qu’un problème de perspectives et que celles-ci ne s’apprehendent qu’en 3D. Il ouvre donc l’autre, c’est pire. Le ciel d’automne dégueule sa lumière par les fenêtres de la chambre en long spasmes blafards, avec l’intensité décadente d’un orgasme il macule le grenier de longs jets diatoniques gris. Il a ouvert les yeux mais pas encore la bouche, c’est comme ca le matin, la vue avant le goût, la lumière avant l’oxygène, peut être par contradiction à la naissance, aussi parce qu’il n’arrive pas à desserer les machoires et surtout parce qu’il en déteste la sensation. C’est d’ailleurs là le réel accomplissement de son réveil car tant qu’il n’a d’actifs que les yeux, il peut se rendormir sans peine. Il jette un oeil sur l’ affreux et immuable radio réveil qu’il a salué de plus nombreuses fois que n’importe laquelle de ses femmes. Il est 09h30, les éléments reprennent leur place dans sa tête, le maraichers ouvre le store metallique et dispose le choux sur l’etal, il voit clair désormais, il n’a pas grand-chose à faire, tout sera accompli dans l’ordre, méthodiquement, il a déjà decidé de ne pas vivre cette journée. Un semblant de gaieté vient le surprendre après la douche et le café, il se dit que finalement ca va le faire aujourd’hui, il s’apprète donc à partir chez le coiffeur pour y assurer son rendez vous de 10h30. Il monte dans sa voiture et démarre. Sur la route, il hésite, route d’Allinges ? route de Douvaine ? A la radio, il écoute « les gens parler » sur France culture, il aime bien France culture, la voix grave et le débit toujours mesuré des présentateurs le berce et l’apaise, dix minutes plus tard il se rend compte qu’il roule vers Genève. « Merde » comme dirait l’autre, un leger stress le gagne, il décide de couper à travers bois par une route qu’il ne connaît pas, il se perd, quelques temps plus tard il se retrouve chez lui à 100 metres de son domicile, voila 20 minutes qu’il est parti….je blase, tu blases, il blase, nous blasons de cons. On prend les meme et on recommence, c’etait un faux départ patati et patata….10h35 il sort de sa bagnole et court vers le salon de coiffure, il sait pas pourquoi il court mais il court, comme un clebart . Une heure et vingt euros plus tard le voilà qui sort de là avec sa tête de con que si il se croisait quand il avait 18 ans il se foutrait son skate dans la gueule. Donc, il avait quelque trucs à faire ici à Thonon, c’est bien con parce qu’il a l’impression que sa mémoire est partie avec ses cheveux, il se rappelle plus quoi, alors surement pour donner raison à sa jeune image il avise une librairie et y pénètre…il aime bien les librairies, pour plusieurs raisons, d’une parce que ca n’est pas à la mode, de deux parce que quelque soit la gestion du fond, c’est toujours le bordel, et de trois pour le libraire….le libraire, l’etre curieux, le gestionnaire de la mise en abime, le portier de l’univers, le larbin de la culture, un libraire c’est incapable de vanité….Allez y donnez moi un exemple de libraire qui se la raconte. Il sort de là, il l’a finalement pris dans la gueule son coup de skate, un coup à 39 eurals, pour 3 poches et un receuil. Bon ca suffit, trève de badinerie, il retourne vers son carosse qui l’attend….avec 35 euros de PV. Ô rage ! Ô desespoir ! Ô flicaille ennemie ! Ca t’apprendra à trainer dans les librairies.Je blase, tu blases etc….une derniere chose avant de rentrer chez soi, il se decide une fois pour toutes à allez aquérir les fameux cadres qui deviendront les hôtes de ses désesperées affiches de cinema : 60×40 et 80×60….il rentre chez lui, par l’othodromie enfin.
Il ouvre la porte d’entrée, la femme de ménage sur les talons, il avait faim, tant pis …cette dernière a déjà pris ses quartiers dans la cuisine et l’en deloger releverait de la stratégie d’infanterie, il n’en a ni le courage, ni la capacité . Il abandonne donc piteusement la place, chapardant de ci de là quelques madeleines industrielles en pensant à sa mère qui n’a pas sauté de repas depuis 1976 . Elle l’impressionne, ce n’est pas facile d’etre le fils d’une femme qui n’ a jamais manqué un repas et qui a toujours fait en sorte que ses enfants non plus, tout du moins jusqu’à ce que ceux ci se libèrent de son étrave pour couler comme des gros cailloux. Il encadrera donc, il est content, ils vont etre beaux ces cadres, c’est de la merde mais ils vont etre beaux. Il se saisit du premier et le désemballe avec le plus grand soin pour ne pas rayé le verre, il présente l’affiche …. « tiens c’est pas du 60×40 ? », il mesure 45×85 …curieux tout de meme les approximations que peut produire le cerveau, il décide de rester philosophe, le cadre servira toujours. Voyons le deuxième, on a l’air plus rigoureux quand aux dimensions, en effet ca colle, impecable, vraiment c’est parfait on aurait pas pu mieux faire….ou espéré, tandis qu’il se congratule il attrappe la plaque de verre par l’extremité : « crac », celle-ci se fend sous son propre poid. Alors, il reste là béat, se demandant s’il faut y voir un message quelquonque ou juste s’émerveiller devant la rigidité du materiau. Pendant ce temps la terre vient de faire un quart de rotation soit environ six mille kilomètres, des milliers d’hommes et de femmes sont morts, naturellement ou violemment, des million de femmes et d’hommes ont eu un orgasme, de grandes partouzes ont eu lieu, des histoires d’amour ont commencé, des hitoires de cul ont finit, l’Inde est rentré d’un demi centimetre dans le bloc asiatique, et la bourse de Paris a cloturé à la baisse. Alors il a fumé des clopes devant la télé.